Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

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Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


PATRIMOINE IMMATERIEL. UNE RICHESSE DE L’ALGERIE (source UNESCO.ORG)

Publié par The Algerian Speaker sur 4 Janvier 2014, 13:34pm

Catégories : #TAKAFA (Culture)

Quel est le rapport entre le café turc, la pratique de l’Imzad, la rénovation annuelle du pont Q’eswachaka au Pérou et la pêche aux crevettes à cheval à Oostduinkerke en Belgique ? A priori aucun.

Pourtant, ces éléments ont été récemment ajoutés à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité établie par l’Unesco. Que signifie cette notion de patrimoine immatériel, sur quels critères s’effectue le classement et quelles en sont les retombées ?
La fameuse liste de l’Unesco a fait récemment l’actualité en Algérie avec le classement simultané de l’Imzad et du pèlerinage annuel au mausolée de Sidi Cheikh (El Bayadh) par la commission intergouvernementale en décembre dernier, à Bakou (Azerbaïdjan). Bien que de natures différentes, cet instrument de musique et ce pèlerinage ont en commun de mobiliser des communautés autour de pratiques, savoirs et savoir-faire transmis de génération en génération (voir encadré page suivante). En amont du classement de l’Imzad, il y a par exemple le travail sur le terrain de l’association «Sauver l’Imzad» qui œuvre depuis plusieurs années à sauvegarder la pratique de cet instrument, exclusivement utilisé par les femmes. De plus, un patrimoine immatériel peut être transnational, et c’est précisément le cas de l’art et des pratiques de l’Imzad qui existe également au Mali et au Niger et autres lieux du Sahel.

Mais pour présenter un élément, l’Etat concerné doit y joindre un dossier accompagné d’une documentation exhaustive. Pour l’Algérie, c’est là qu’intervient le Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques. Son directeur, Slimane Hachi, revient sur l’historique des classements effectués par l’Algérie : «Le premier élément classé est l’Ahellil. Avant même la convention de 2003, ce chant était inscrit sur la liste des chef-d’œuvres de l’humanité. Nous devons cela aux recherches de Mouloud Mammeri et des travaux ultérieurs. En 1974, l’Unesco avait déjà produit un disque 33 tours de ces chants. Le dossier de classement au patrimoine immatériel a été confié plus tard à Rachid Bellil, spécialiste de la région, et il est passé sans débat en 2005. Puis, on a présenté le costume féminin nuptial de Tlemcen et de sa région, classé en 2012. Nous avons ensuite présenté deux dossiers en 2013 en profitant d’une disposition qui permet de présenter un dossier au nom de l’Etat et un autre multinational. Ainsi, lors de la dernière commission intergouvernementale à Bakou, 17 dossiers, dont l’Imzad et le Rakb de Ouled Sidi Cheikh, sont passés sans débat sur 63 propositions des Etats».
La convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel de l’humanité date d’octobre 2003. Elle complète celle de 1972, concernant le patrimoine culturel matériel et naturel.

Cette reconnaissance de l’importance du patrimoine immatériel doit beaucoup, selon Hachi, au directeur de l’Unesco de cette époque : «Le Japonais Koïchiro Mastuara était marqué par la culture de son pays. Qu’ont fait les Japonais après les bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki ? La première loi adoptée portait sur la protection du patrimoine. Quand on a tout perdu, il reste la culture. Et de là est née l’idée d’un système international pour protéger ce patrimoine». Après l’adoption de cette convention, l’Algérie a été le premier Etat à la ratifier, dès février 2004. Elle a également fait partie du premier comité dont la réunion s’est tenue à Alger en 2006, à l’issue duquel le règlement intérieur a été mis au point. La Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel comprend deux listes : la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité où chaque Etat peut présenter un élément qui lui semble emblématique de sa culture ; la liste de sauvegarde d’urgence où l’Etat inscrit les éléments en danger de disparition ou d’altération suite à diverses causes. Slimane Hachi en illustre un cas : «La poésie et les chants qui se déclamaient à la fontaine en Kabylie par exemple.

Avec l’eau courante, ce rituel est condamné et on ne peut plus obliger les femmes à aller à la fontaine. Naturellement, un patrimoine naît, vit et meurt. Mais il y a des patrimoines qui peuvent survivre et la liste de sauvegarde d’urgence est prévue pour cela. Quand un élément est inscrit, l’Etat peut demander des aides de l’Unesco ou d’autres Etats».
Chaque Etat signataire de cette convention doit également effectuer un inventaire constamment mis à jour de son patrimoine immatériel. Concernant l’Algérie, il s’agit d’une banque de données localisée au niveau du CNRPAH : «Pour le patrimoine matériel, il existe un ''inventaire'', car c’est une liste quasiment fermée. Mais le patrimoine immatériel est muable par définition, on ne peut pas en faire un inventaire clos.

Il y a donc un décret de 2005 pour la création d’une banque nationale de données du patrimoine culturel immatériel». On y trouve des éléments divers (musique, danse, cérémonie…) et des données qui viennent continuellement affiner la description. Par exemple, l’Ahellil a été découvert par Mouloud Mammeri, mais d’autres chercheurs ont recueilli plus tard d’autres éléments. L’enrichissement de cette banque de données est continu et provient, en grande partie, des acteurs locaux. Les directeurs de la culture des wilayas (qui peuvent également collecter les propositions des associations ou universités…) signalent au ministère les éléments à classer dans la banque nationale. Les dossiers sont ensuite transmis au CNRPAH qui les valide et recense les recherches effectuées autour de l’élément en question. Comme les découpages administratifs ne correspondent pas aux aires culturelles, les dossiers transmis par plusieurs wilayas doivent être regroupés. «Prenons le cas de l’Imzad, illustre Slimane Hachi. En Algérie, il est présent dans au moins deux wilayas : Adrar et Ilizi. Les directeurs de la culture de ces deux wilayas ont tous les deux alimenté la banque de données nationale».

Comment choisir parmi les nombreux éléments de la banque de données nationale, un dossier à proposer au classement de l’Unesco ? Certains éléments ont été présentés à l’occasion d’événements comme «Tlemcen capitale de la culture islamique» ou le «Festival culturel panafricain d’Alger» de 2009. La stratégie algérienne est également de promouvoir la richesse culturelle du grand Sahara sans omettre différentes parties du pays et différents domaines du patrimoine immatériel (traditions, arts, savoir-faire…). «Concrètement, le ministère de la Culture nous propose un dossier, explique notre interlocuteur. Nous cherchons le spécialiste qui peut monter ce dossier. Par exemple, dans le cas du Rakb de Ouled Sidi Cheikh, nous avons pensé tout de suite à Hmida Ben Naoum qui a passé sa vie à faire des recherches sur le sujet. Autre exemple : l’Imzad. C’est un dossier transnational. Nous avons des spécialistes et il existe un réseau associatif important. Il faut préciser que l’Unesco exige ''l’accord libre et éclairé'' des communautés. Pour l’Imzad, c’étaient non seulement les dépositaires de cette tradition, les musiciennes, mais aussi cette association qui a participé au montage du dossier».

Une fois l’élément classé, les retombées se comptent en termes de visibilité et de notoriété. En effet, le classement patrimoine immatériel est un excellent argument marketing pour le tourisme et un moyen d’améliorer l’image d’une culture au plan international.
Slimane Hachi raconte comment le classement de l’Imzad a permis d’entendre pour la première fois une allocution en tamasheq dans une réunion de l’Unesco :
«A la proclamation de l’Imzad, patrimoine immatériel de l’Unesco, lors de la rencontre de Bakou, il y avait deux Touareg présents recommandés par l’association ''Sauver l’Imzad''. Un homme et une jeune fille, musicienne, qui ont montré que la transmission est assurée. Pour la première fois on a entendu des remerciements en targui dans ce forum international.
La jeune fille a joué de l’Imzad pendant un instant. Le représentant du Niger a, pour sa part, remercié l’Algérie d’avoir associé son pays, mettant en exergue le rôle de la femme. Enfin, le représentant du Mali a remercié l’Algérie d’avoir permis au Mali de parler de culture au moment où son pays n’est évoqué qu’en termes de guerre. Le dossier avait été préparé avant la guerre au Mali, à partir de 2010 et déposé en 2011».     

Une inscription sur la liste amène l’Etat membre qui l’a proposée à s’engager dans la protection de ce patrimoine classé. Mais la conservation d’un patrimoine immatériel est une véritable quadrature de cercle. Eviter l’altération d’un bâtiment ou d’un site naturel est relativement simple, mais comment conserver une pratique vivante et muable sans l’altérer et sans la fossiliser ? Slimane Hachi recourt à ses classiques : «Comme disait Héraclite, ''on ne se promène jamais deux fois au bord du même fleuve''. Il en va de même pour le patrimoine immatériel qui change constamment. Le Rakb de Ouled sidi cheikh enregistré l’an passé est différent de celui de cette année…  Le danger qui nous guette est de standardiser ce patrimoine immatériel, de le rentrer dans un moule. Si vous prenez un ballet national qui se produit sur scène, c’est normal qu’il reproduise à l’identique ses danses à chaque spectacle. C’est différent pour les pratiques socioculturelles vivantes. Outre les constantes héritées de la tradition, la communauté est libre de recréer ce patrimoine continuellement».
Parmi les moyens de sauvegarder ces pratiques, les festivals, à l’image de celui de l’Ahellil, sont parmi les plus efficaces.

Mais faire d’un rituel social fédérateur un spectacle ne va pas sans risques d’altération. M. Hachi assure pourtant que les communautés inventent des réponses ingénieuses : «Prenons l’Ahellil, il est impossible de déplacer la place publique de Timimoun à la salle El Mougar d’Alger. L’ahellil se déroule normalement en cercle. Ce dernier représente le monde et la société, c’est l’unité fonctionnelle du cercle. Impossible de produire ce cercle sur une scène, les spectateurs ne verraient rien. Ils ont donc transformé le cercle en demi-cercle avec les mêmes fonctions du cercle mais avec la possibilité pour le spectateur de voir». S’il est très complexe d’assurer, dans l’absolu, la survie d’une pratique culturelle, ce classement permet au moins de fournir les conditions les plus favorables à sa perpétuation. Pour reprendre Héraclite, «si le fleuve change constamment puisque son eau change en coulant, il faut s’assurer au moins que l'eau coule toujours et que le cours ne soit pas détourné». 

Définition du patrimoine immatériel :

 

Article 2 de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine immatériel :   
«On entend par "patrimoine culturel immatériel" les pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire — ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont
associés — que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente Convention, seul sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments internationaux existants relatifs aux droits de l'homme, ainsi qu'à l'exigence du respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d'un développement durable».

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